LES TEXTES PRECURSEURS
Extraits du Livre
"L'esprit de 1789 et des droits de l'homme".
(Éditions Larousse 1989)
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ROUSSEAU - Le pacte social (1762)
Je suppose les hommes
parvenus à ce point où les obstacles qui nuisent à leur conservation
dans l'état de nature, l'emportent par leur résistance sur les forces
que chaque individu peut employer pour se maintenir dans cet état. Alors
cet état primitif ne peut plus subsister, et le genre humain périrait
s'il ne changeait sa manière d'être.
Or comme les hommes ne peuvent engendrer de nouvelles forces, mais
seulement unir et diriger celles qui existent, ils n'ont plus d'autre
moyen pour se conserver, que de former par agrégation une somme de forces
qui puisse l'emporter sur la résistance, de les mettre en jeu par un seul
mobile et de les faire agir de concert.
Cette somme de forces ne peut naître que du concours de plusieurs : mais
la force et la liberté de chaque homme étant les premiers instruments de
sa conservation, comment les engagera-t-il sans se nuire, et sans
négliger les soins qu'il se doit? Cette difficulté ramenée à mon sujet
peut s'énoncer en ces termes : « Trouver une forme d'association qui
défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de
chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n'obéisse
pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant. » Tel est le
problème fondamental dont le contrat social donne la solution.
Les clauses de ce contrat sont tellement déterminées par la nature de
l'acte, que la moindre modification les rendrait vaines et de nul effet;
en sorte que, bien qu'elles n'aient peut-être jamais été formellement
énoncées, elles sont partout les mêmes, partout tacitement admises et
reconnues; jusqu'à ce que, le pacte social étant violé, chacun rentre
alors dans ses premiers droits et reprenne sa liberté naturelle, en
perdant la liberté conventionnelle pour laquelle il y renonça.
Ces clauses bien entendues se réduisent toutes à une seule, à savoir
l'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la
communauté : Car premièrement, chacun se donnant tout entier, la
condition est égale pour tous, et la condition étant égale pour tous,
nul n'a intérêt de la rendre onéreuse aux autres.
De plus, l'aliénation se faisant sans réserve, l'union est aussi
parfaite qu'elle ne peut l'être et nul associé n'a plus rien à
réclamer : car s'il restait quelques droits aux particuliers, comme il
n'y aurait aucun supérieur commun qui pût prononcer entre eux et le
public, chacun étant en quelque point son propre juge prétendrait
bientôt l'être en tous, l'état de nature subsisterait et l'association
deviendrait nécessairement tyrannique ou vaine.
Enfin chacun se donnant à tous ne se donne à personne, et comme il n'y a
pas un associé sur lequel on n'acquière le même droit qu'on lui cède
sur soi, on gagne l'équivalent de tout ce qu'on perd, et plus de force
pour conserver ce qu'on a.
Si donc on écarte du pacte social ce qui n'est pas de son essence, on
trouvera qu'il se réduit aux termes suivants : « Chacun de nous met
en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de
la volonté générale; et nous recevons en corps chaque membre comme
partie indivisible du tout. »
VOLTAIRE - Égalité (1764)
Tout homme naît avec un
penchant assez violent pour la domination, la richesse et les plaisirs, et
avec beaucoup de goût pour la paresse; par conséquent tout homme
voudrait avoir l'argent et les femmes ou les filles des autres, être leur
maître, les assujettir à tous ses caprices, et ne rien faire, ou du
moins ne faire que des choses très agréables. Vous voyez bien qu'avec
ces belles dispositions il est aussi impossible que les hommes soient
égaux qu'il est impossible que deux prédicateurs ou deux professeurs de
théologie ne soient pas jaloux l'un de l'autre.
Le genre humain, tel qu'il est, ne peut subsister, à moins qu'il n'y ait
une infinité d'hommes utiles qui ne possèdent rien du tout; car,
certainement, un homme à son aise ne quittera pas sa terre pour venir
labourer la vôtre; et, si vous avez besoin d'une paire de souliers, ce ne
sera pas un maître des requêtes qui vous la fera. L'égalité est donc
à la fois la chose la plus naturelle et en même temps la plus
chimérique.
Comme les hommes sont excessifs en tout quand ils le peuvent, on a outré
cette inégalité; on a prétendu dans plusieurs pays qu'il n'était pas
permis à un citoyen de sortir de la contrée où le hasard l'a fait
naître; le sens de cette loi est visiblement : « Ce pays est si
mauvais et si mal gouverné que nous défendons à chaque individu d'en
sortir, de peur que tout le monde n'en sorte ». Faites mieux : donnez
à tous vos sujets envie de demeurer chez vous, et aux étrangers d'y
venir.
Chaque homme, dans le fond de son cœur, a droit de se croire entièrement
égal aux autres hommes; il ne s'ensuit pas de là que le cuisinier d'un
cardinal doive ordonner à son maître de lui faire à dîner; mais le
cuisinier peut dire : « Je suis homme comme mon maître, je suis né
comme lui en pleurant, il mourra comme moi dans les mêmes angoisses et
les mêmes cérémonies. Nous faisons tous deux les mêmes fonctions
animales. Si les Turcs s'emparent de Rome, et si alors je suis cardinal et
mon maître cuisinier, je le prendrai à mon service. » Tout ce discours
est raisonnable et juste; mais, en attendant que le Grand Turc s'empare de
Rome, le cuisinier doit faire son devoir, ou toute société humaine est
pervertie.
A l'égard d'un homme qui n'est ni cuisinier d'un cardinal ni revêtu
d'aucune autre charge dans l'État, à l'égard d'un particulier qui ne
tient à rien, mais qui est fâché d'être reçu partout avec l'air de la
protection ou du mépris, qui voit évidemment que plusieurs monsignors
n'ont ni plus de science, ni plus d'esprit, ni plus de vertu que lui, et
qui s'ennuie d'être quelquefois dans leur antichambre, quel parti doit-il
prendre ? Celui de s'en aller.
KANT - « La grandeur d'âme qu’éveille le pur concept du droit » (1798)
Peu importe si la
révolution d'un peuple plein d'esprit, que nous avons vu s'effectuer de
nos jours, réussit ou échoue, peu importe si elle accumule
misère et atrocités au point qu'un homme sensé qui la referait avec
l'espoir de la mener à bien, ne se résoudrait jamais néanmoins à
tenter l'expérience à ce prix, cette révolution, dis-je, trouve quand
même dans les esprits de tous les spectateurs (qui ne sont pas eux-mêmes
engagés dans ce jeu) une sympathie d'aspiration qui frise l'enthousiasme
et dont la manifestation même comportait un danger; cette sympathie par
conséquent ne peut avoir d'autre cause qu'une disposition morale du genre
humain.
Cette cause morale qui intervient est double : d'abord c'est celle du
droit qu'a un peuple de ne pas être empêché par d'autres puissances de
se donner une constitution politique à son gré; deuxièmement c'est
celle de la fin (qui est aussi un devoir) : seule est en soi conforme au
droit et moralement bonne la constitution d'un peuple qui est propre par
sa nature à éviter selon des principes la guerre offensive; ce ne peut
être que la constitution républicaine, théoriquement du moins - par
suite propre à se placer dans les conditions qui écartent la
guerre (source de tous les maux et de toute corruption des mœurs), et qui
assurent de ce fait négativement le progrès du genre humain, malgré
toute son infirmité, en lui garantissant que, du moins, il ne sera pas
entravé dans son progrès (...). Le véritable enthousiasme ne se
rapporte toujours qu'à ce qui est idéal, plus spécialement à ce qui
est purement moral, le concept de droit par exemple, et il ne peut se
greffer sur l'intérêt. Malgré des récompenses pécuniaires les
adversaires des révolutionnaires ne pouvaient se hausser jusqu'au zèle
et à la grandeur d'âme qu'éveillait en ces derniers le pur concept du
droit; et même le concept d'honneur de la vieille noblesse guerrière
(proche parent de l'enthousiasme), finit par s'évanouir devant les armes
de ceux qui avaient en vue le droit du peuple auquel ils appartenaient, et
s'en considéraient comme les défenseurs; exaltation avec laquelle
sympathisait le public qui du dehors assistait en spectateur, sans la
moindre intention de s'y associer effectivement.
CHATEAUBRIAND -
La liberté, sentiment des âmes élevées ; l'égalité absolue,
passion des petites âmes (1819)
Dès l'origine de nos
malheurs, l'Europe, singulièrement abusée, se figura que le parti de la
révolution était le parti de la liberté, que ceux qui s'opposaient à
cette révolution étaient une petite classe de privilégiés attachés à
un régime oppresseur. Depuis la restauration, les révolutionnaires n'ont
pas manqué de répéter qu'ils voulaient la liberté, et que les
royalistes voulaient l'ancien régime, la féodalité ou l'esclavage. Les
ministériels, pour justifier leur système et leurs injustices, ont joint
leur voix à celle des révolutionnaires, et l'Europe, que l'immortel
Burke n'avait pu détromper, a bien voulu croire, sur parole, les
révolutionnaires et les ministériels, c'est à dire la démocratie et la
domesticité. Voilà l'erreur.
Voici la vérité : ce n'est point la liberté, c'est l'égalité
absolue qui a été le principe réel, et qui forme encore le vrai
caractère de la révolution française. Pour s'en convaincre il suffit de
remarquer que la liberté a toujours succombé dans nos troubles, qu'elle
a subi le joug de Robespierre, du Directoire et de Bonaparte tandis que
l'égalité absolue s'est constamment maintenue. Les révolutionnaires ont
conservé cette égalité sous la démocratie de la Convention, comme sous
le despotisme de l'Empire. Les distinctions de Bonaparte n'établissaient
pas de véritables rangs, vu qu'il n'avait fondé ni patrie, ni noblesse
ayant des droits politiques : c'était toujours l'égalité masquée en
baron, comte ou duc.
Ce principe de l'égalité absolue existe encore aujourd'hui, et c'est le
plus grand obstacle à l'établissement du gouvernement constitutionnel,
car l'égalité absolue s'accommode du despotisme qui nivelle tout, mais
ne peut s'arranger d'une monarchie qui établit une distinction de
pouvoirs.
La liberté est le sentiment des âmes élevées : elle produit les
grandes actions, crée les grandes patries, et fonde les institutions
durables ; elle se plaît dans l'ordre et la majesté; elle s'allie avec
tous les gouvernements, hors avec le despotisme.
L'égalité absolue est la passion des petites âmes : elle prend sa
source dans l'amour-propre et l'envie, elle enfante les basses
résolutions, et tend sans cesse au désordre et au bouleversement.
Principe naturel de la démocratie et du despotisme, l'égalité absolue
est d'autant plus dangereuse, quand son esprit domine chez un peuple,
qu'elle ne peut être satisfaite, qu'en régnant sur des tombeaux. Ce
qu'elle attaque est une chose qu'on peut détruire, mais qu'on ne saurait
vaincre. Persécutez tant qu'il vous plaira la noblesse, vous ne
l'empêcherez pas d'exister : vous abolirez les droits ; vous n'effacerez
pas les noms : pour anéantir la noblesse, il faut tuer tous les individus
nobles. L'égalité absolue est donc un principe de mort : elle ne peut
rien fonder, parce que rien ne peut s'élever auprès d'elle, pas même la
liberté qui est une supériorité réelle, comme la vertu.
Aussi remarquez que les révolutions les plus sanglantes et les moins
durables sont celles où l'égalité absolue a dominé. Rome établit la
liberté avec la distinction des rangs ; sa révolution dans le premier
moment, ne coûta la vie qu'à Lucrèce; six cents ans de vertus et
l'empire du monde furent le prix de cette modération républicaine.
Ce principe posé, vous allez sur-le-champ découvrir le véritable esprit
du parti royaliste et du parti révolutionnaire.
Les royalistes sont en France les hommes qui veulent la liberté, avec
l'égalité devant la loi, avec l'égale admission aux places et aux
honneurs, avec la faculté d'atteindre à tous les rangs, mais ils
repoussent l'égalité absolue, incompatible avec une monarchie
constitutionnelle.
Les révolutionnaires veulent l'égalité absolue, et n'ont aucun amour
sincère de la liberté.
Ouvrez les écrits des révolutionnaires et des royalistes, vous y
remarquerez ces nuances d'opinion fortement prononcées.
Dans les écrits des révolutionnaires vous distinguerez une haine
violente du clergé et de la noblesse, comme de toute supériorité
sociale ; vous y trouverez le vœu bien formel de la division des propriétés,
ce qui conduit à la loi agraire, par la loi agraire à la démocratie, et
par la démocratie au despotisme. Mais en même temps ces écrits ne
présentent qu'une très molle défense de la liberté: leurs auteurs ont
une tendance naturelle à flatter le pouvoir tantôt, selon leurs
intérêts du moment, ils prêchent la tyrannie ministérielle, tantôt
ils attaquent les tribunaux, sollicitent des mesures arbitraires, invitent
à proscrire une classe d'homme, et proposent libéralement de faire des
ilotes. (...)
Il est temps que la monarchie européenne songe à son salut : non
seulement elle a à lutter contre la révolution française ranimée par
notre système ministériel, mais encore contre l'esprit général du
siècle, et contre un obstacle né d'un changement arrivé dans l'ordre
politique.
Avant l'émancipation des États-Unis, on ne connaissait de républiques,
dans les temps modernes, que celles de l'Italie, de la Suisse et de la
Hollande : les premières n'étaient que des rendez-vous de plaisirs, les
dernières que des pépinières de soldats et de matelots. L'homme qui
rêvait constitution populaire, n'avait d'autre ressource que l'histoire :
exilé dans le passé, et citoyen des ruines de Rome, il ne troublait
point la paix du monde. Il pouvait, au milieu des tombeaux,
s'enthousiasmer pour les maximes républicaines, comme cet Athénien, qui,
s'asseyant au théâtre vide, applaudissait aux acteurs absents, aux
pièces qu'on ne donnait pas.
Aujourd'hui vous avez devant vous une vaste république de plus en plus
florissante : sa population augmente chaque jour ; déjà elle
s'avance vers l'océan Pacifique, et va chercher la Russie sous les glaces
du pôle. Là règne le principe de la souveraineté du peuple. L'esprit
démocratique de l'Europe ne puise-t-il pas à cette source toujours
ouverte ? Si les Rois favorisent encore cet esprit, s'ils appuient les
systèmes qui le propagent, s'ils proscrivent les principes et les hommes
qui le combattent, comment conserveront-ils leurs couronnes ? Que les
colonies espagnoles passent à l'état républicain, le principe
monarchique en Europe n'en sera-t-il pas de plus en plus attaqué ?
HUGO - Plantation de l'arbre de la liberté place des Vosges (2 mars 1848)
C'est avec joie que je me
rends à l'appel de mes concitoyens et que je viens saluer au milieu d'eux
les espérances d'émancipation, d'ordre et de paix qui vont germer,
mêlées aux racines de cet arbre de la liberté. C'est un beau et vrai
symbole pour la liberté qu'un arbre ! La liberté a ses racines dans
le cœur du peuple, comme l'arbre dans le cœur de la terre; comme
l'arbre, elle élève et déploie ses rameaux dans le ciel; comme l'arbre,
elle grandit sans cesse et couvre les générations de son
ombre.(Acclamations.)
Le premier arbre de la liberté a été planté, il y a dix-huit cents
ans, par Dieu même sur le Golgotha. (Acclamations.)Le premier arbre de la
liberté, c'est cette croix sur laquelle Jésus-Christ s'est offert en
sacrifice pour la liberté, l'égalité et la fraternité du genre humain.
(Bravo et longs applaudissements.)
La signification de cet arbre n'a point changé depuis dix-huit siècles ;
seulement, ne l'oublions pas, à temps nouveaux devoirs nouveaux; la
révolution que nos pères ont fait il y a soixante ans a été grande par
la guerre; la révolution que vous faites aujourd'hui doit être grande
par la paix. La première a détruit, la seconde doit organiser. L'œuvre
d'organisation est le complément nécessaire de l'œuvre de destruction ;
c'est là ce qui rattache intimement 1848 à 1789. Fonder, créer,
produire, pacifier, satisfaire à tous les droits, développer tous les
grands instincts de l'homme, pourvoir à tous les besoins des sociétés,
voilà la tâche de l'avenir. Or, dans les temps où nous sommes, l'avenir
vient vite. (Applaudissements.)
On pourrait presque dire que l'avenir n'est plus demain, il commence dès
aujourd'hui. (Bravo!) A l'œuvre donc, à l'œuvre, travailleurs par le
bras, travailleurs par l'intelligence, vous tous qui m'écoutez et qui
m'entourez ! Mettez à fin cette grande œuvre de l'organisation
fraternelle de tous les peuples, conduits au même but, rattachés à la
même idée, et vivant du même cœur. Soyons tous des hommes de bonne
volonté, ne ménageons ni notre peine ni nos sueurs. Répandons sur le
peuple qui nous entoure, et de là sur le monde entier, la sympathie, la
charité et la fraternité. Depuis trois siècles, le monde imite la
France. Depuis trois siècles, la France est la première des nations. Et
savez-vous ce que veut dire ce mot, la première des nations? Ce
mot veut dire, la plus grande; ce mot veut dire aussi, la meilleure.
(Acclamations.)
Mes amis, mes frères, mes concitoyens, établissons dans le monde entier,
par la grandeur de nos exemples, l'empire de nos idées! Que chaque nation
soit heureuse et fière de ressembler à la France! (Bravo!)
Unissons-nous dans une pensée commune, et répétez avec moi ce cri : Vive la liberté universelle! Vive la République universelle! (Vive la République! Vive Victor Hugo! - Longues acclamations)
CASSIN -
Le caractère universel de la Déclaration des droits de l'Homme de
1948
Sans aucun doute, au fur et
à mesure que l'œuvre collective engagée par une commission de 18
membres, a été poursuivie par les représentants de cinquante pays -
même délégués de leurs gouvernements -, elle a acquis une physionomie
propre; elle s'est concentrée plus directement sur l'homme indivisible,
digne de protection en tous les aspects de sa personnalité, considéré
comme membre de plein droit et sans intermédiaire de la société humaine
dans son ensemble. En un mot « d'internationale », elle est devenue «
universelle », ainsi que l'assemblée générale l'a décidé sur une
proposition que j'ai présentée à la dernière séance de la 3e
commission.
Ce cheminement vers l'universalité a été d'abord visible du fait de
l'amplitude croissante du domaine couvert par la déclaration, encore que
les droits à l'immigration et à l'établissement à l'étranger aient
été délibérément mis à l'écart. A lui seul, l'article 3 est
probant, puisqu'il proclame d'un tenant unique « tout individu a droit à
la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne » L'importance
des droits et libertés proclamées dans les déclarations du XVIIIéme
siècle et notamment, dans la déclaration française de 1789 toujours en
vigueur, a gardé sa valeur incalculable. Les articles qui suivent,
relatifs à la servitude, à la torture, à la personnalité juridique, à
l'égalité devant la loi, aux garanties juridiques de la liberté
marquent un élargissement progressif : ils constituent comme une colonne
de ce portique que forme la déclaration. Les droits et libertés de
l'individu dans ses rapports avec les autres êtres et les groupes divers
dont il fait partie (mariage, famille, domicile, profession, cité,
nation, choses du monde extérieur) forment la seconde colonne. La
troisième est formée des droits et libertés propres à chacun, en
corrélation avec sa participation à la vie publique et ses
responsabilités contre l'oppression (liberté de pensée, de religion,
d'opinion, d'expression, d'association, de réunion, droit de vote, accès
aux fonctions électives et emplois, etc.). Mais le droit à la vie
implique l'existence d'une quatrième colonne, symétrique de la première
où s'affirment le droit au travail libre, à des conditions de
rémunération convenable, à un minimum de sécurité pour ceux qui ne
peuvent travailler, à la défense de la santé, à la participation, au
développement des richesses, à la propriété individuelle ou
collective; enfin le droit à un minimum d'instruction et de loisirs, à
la libre création d'œuvres de l'esprit, au bénéfice de la culture.
Ainsi c'est l'homme tout entier dont les facultés et les prérogatives
indispensables au développement de sa personnalité physique,
intellectuelle et morale, doivent être reconnues et protégées.
Mais l’université s’est affirmée progressivement aussi sur d’autres
plans. Les bénéficiaires des droits proclamés, ce ne sont pas seulement
les êtres humains appartenant à tel ou tel pays membre des Nations
Unies, ainsi que semble le laisser croire la fin du préambule. Ce sont
les hommes de tous les États et territoires habités de la terre.







