ADOLPHE THIERS

Adolphe Thiers  1797-1877
Début du mandat  31-08-1871
Fin du mandat  24-05-1873
Durée du mandat 2 ans

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Mort l'année de ses 80 ans, il repose au Père-Lachaise (55e division).
Son sarcophage de porphyre copie celui de Napoléon 1er, aux Invalides.

 

Adolphe Thiers L'historien Avocat, journaliste, homme d'Etat, Adolphe Thiers (1797-1877) est aussi un grand historien. Dans sa jeunesse, il écrit une Histoire de la Révolution française . Beaucoup plus tard, sous le Second Empire, son Histoire du Consulat et de l'Empire le fait saluer comme "historien national". Homme politique parmi les plus influents du XIXème siècle, son histoire personnelle se confond souvent avec celle de la ...

L'historien
Avocat, journaliste, homme d'Etat, Adolphe Thiers (1797-1877) est aussi un grand historien. Dans sa jeunesse, il écrit une Histoire de la Révolution française. Beaucoup plus tard, sous le Second Empire, son Histoire du Consulat et de l'Empire le fait saluer comme "historien national". Homme politique parmi les plus influents du XIXème siècle, son histoire personnelle se confond souvent avec celle de la France, et son destin le mène à Versailles, particulièrement dans les époques troublées.

L'homme politique
Thiers entre très tôt en politique. Lors de la révolution de 1830, c'est lui qui persuade Louis- Philippe d'Orléans, scrupuleux et hésitant, de prendre le pouvoir. Plusieurs fois ministre, il professe des idées libérales avancées tout en appliquant des méthodes de gouvernement autoritaires. En 1840, sa politique trop hardie engage Louis-Philippe à se séparer de son "petit ministre". Déçu par la monarchie, il devient républicain, accueille favorablement la révolution de 1848, soutient la candidature à la Présidence de Louis-Napoléon, neveu de Napoléon Ier, puis dénonce le coup d'état par lequel celui-ci devient l'empereur Napoléon III. Durant les dix-huit années du Second Empire (1852-1870), il demeurera dans l'opposition et, notamment, fera tout pour empêcher une guerre hasardeuse contre la Prusse.


La proclamation de l 'Empire allemand
La guerre contre la Prusse aboutit à la défaite de Sedan (1870) qui entraîne la chute du Second Empire et l'occupation de la France. Face à ce désastre, Thiers est nommé chef du gouvernement par l'Assemblée réfugiée à Bordeaux. Le château de Versailles - hôpital pendant la guerre - sert de résidence au roi de Prusse vainqueur ; c'est dans la Galerie des Glaces qu'est proclamé l'Empire allemand (janvier 1871). Thiers y négocie la paix avec Bismarck.


La répression de la Commune
Contre les conditions de paix trop dures acceptées par Thiers, et pour voir enfin la Révolution triompher, le peuple de Paris se soulève : la Commune est proclamée. Thiers quitte Paris pour Versailles ; le gouvernement s'installe dans le Château et de là, va exercer une très brutale répression contre les insurgés.

Le premier Président de la IIIème République
A Versailles, Thiers, paré du nouveau titre de président de la République, joue au monarque. Soutenu par l'Assemblée qui siège à l'Opéra transformé pour accueillir les séances, il réorganise la France vaincue : administration, finances, armée. En 1873, une majorité royaliste l'oblige à se démettre de ses fonctions. Il continue cependant à se rendre à Versailles, comme député, dans la salle du Congrès construite au centre de l'aile du Midi (aujourd'hui cadre de l'exposition "Les Grandes heures du Parlement". Il y connaît son plus beau triomphe en 1877 (l'année même de sa mort) lorsque Léon Gambetta le proclame "libérateur du territoire".

Adolphe Thiers 1797-1877     "Chef du pouvoir exécutif" jusqu'au 31 août 1871, il démissionne après avoir été mis en minorité par la Chambre à qui il refuse de "faire prévaloir" dans le gouvernement une politique résolument conservatrice  

 

DISCOURS d'Adolphe Thiers sur les "libertés nécessaires" (1864)


Les "libertés nécessaires"

"(...) Il y a cinq conditions qui constituent ce qui s'appelle le nécessaire en fait de liberté.

La première est celle qui est destinée à assurer la sécurité du citoyen. Il faut que le citoyen repose tranquillement dans sa demeure, parcoure toutes les parties de l'État sans être exposé à aucun acte arbitraire (...). Il faut que le citoyen soit garanti contre la violence individuelle et contre tout acte arbitraire du pouvoir. Ainsi, quant à cette liberté qu'on appelle la liberté individuelle, je n'y insisterai pas ; c'est bien celle-ci qui mérite le titre d'incontestable et d'indispensable.

Mais, quand le citoyen a obtenu cette sécurité, cela ne suffit pas. S'il s'endormait dans une tranquille indolence, cette sécurité, il ne la conserverait pas longtemps. Il faut que le citoyen veille sur la chose publique. Pour cela, il faut qu'il y pense, et il ne faut pas qu'il y pense seul, car il n'arriverait ainsi qu'à une opinion individuelle ; il faut que ses concitoyens y pensent comme lui, il faut que tous ensemble échangent leurs idées et arrivent à cette pensée commune qu'on appelle l'opinion publique ; et cela n'est possible que par la presse. Il faut donc qu'elle soit libre, mais lorsque je dis liberté, je ne dis pas impunité. De même que la liberté individuelle du citoyen existe à la condition qu'il n'aura pas provoqué la vindicte de la loi, la liberté de la presse est à cette condition que l'écrivain n'aura ni outragé l'honneur des citoyens ni troublé le repos du pays. Ainsi, pour moi, la seconde liberté nécessaire, c'est cette liberté d'échange dans les idées qui crée l'opinion publique.

Mais, lorsque cette opinion se produit, il ne faut pas qu'elle soit un vain bruit, il faut qu'elle ait un résultat. Pour cela il faut que des hommes choisis viennent l'apporter ici, au centre de l'État - ce qui suppose la liberté des élections - et, par liberté des électeurs, je n'entends pas que le gouvernement qui est chargé de veiller aux lois n'ait pas là un rôle ; que le gouvernement qui est composé de citoyens n'ait pas une opinion : je me borne à dire qu'il ne faut pas qu'il puisse dicter les choix et imposer sa volonté dans les élections. Voilà ce que j'appelle la liberté électorale.

Enfin, Messieurs, ce n'est pas tout : quand ces élus sont ici mandataires de l'opinion publique, chargés de l'exprimer, il faut qu'ils puissent à temps apporter un utile contrôle à tous les actes du pouvoir. Il ne faut pas que ce contrôle arrive trop tard et qu'on n'ait que des fautes irréparables à déplorer. C'est là la liberté de la représentation nationale (...) et cette liberté est selon moi, la quatrième des libertés nécessaires.

Enfin vient la dernière je ne dirai pas la plus importante, elles sont toutes également importantes mais la dernière, dont le but est celui-ci : c'est de faire que l'opinion publique, bien constatée ici à la majorité, devienne la directrice des actes du gouvernement."


Adolphe Thiers, Discours au Corps Législatif (11 janvier 1864).

 

L'impossible retour de la monarchie


Le comte de Chambord* publie ce manifeste le 5 juillet 1871


"Dieu aidant, nous fonderons ensemble, et quand vous le voudrez, sur les larges assises de la décentralisation administrative et des franchises locales, un gouvernement conforme aux besoins du pays. (...)
[La France] m'appellera, et je reviendrai à elle tout entier, avec mon dévouement, mon principe et mon drapeau. A l'occasion de ce drapeau, on m'a parlé de conditions que je ne dois [veux] pas subir.
Français ! (...)
Entre vous et moi, il ne doit subsister ni malentendu, ni arrière-pensée. Non, je ne laisserai pas, parce que l'ignorance ou la crédulité auront parlé de privilèges, d'absolutisme et d'intolérance, que sais-je encore ? de dîme, de droits féodaux, fantômes que la plus mauvaise foi essaie de ressusciter à vos yeux, je ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard de Henri IV, de François Ier et de Jeanne d'Arc. C'est avec lui que s'est faite l'unité nationale; c'est avec lui que vos pères, conduits par les miens, ont conquis cette Alsace et cette Lorraine dont la fidélité sera la consolation de nos malheurs. (...) Je l'ai reçu comme un dépôt sacré du vieux roi, mon aïeul, mourant en exil; il a pour moi toujours été inséparable du souvenir de la patrie absente; il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe. Dans les plis glorieux de cet étendard sans tache, je vous apporterai l'ordre et la liberté.
Français, Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d'Henri IV !

(signé) Henri"

* Le comte de Chambord est le petit-fils de Charles X qui avait abdiqué en 1830 et l'avait désigné comme son successeur sous le nom d'Henri V.

(cité par Jacques Bouillon et coll., Le XIXe siècle et ses racines ,
histoire/seconde, Bordas, Paris, 1981, p. 273)