françois mitterand

François Mitterand  
Début du mandat  10-05-1981
Fin du mandat  07-05-1995
Durée du mandat  14 ans

François Mitterrand

L'arrivée au pouvoir de la gauche

 

es dirigeants de la Ve République ne peuvent maîtriser ces évolutions. Progressivement, des différences s'affirment entre les gaullistes, organisés par Jacques Chirac en Rassemblement pour la République (RPR) en décembre 1976, et les tenants d'une droite modérée et plus classique incarnée par l'Union pour la démocratie française (UDF) de Valéry Giscard d'Estaing.

 

Au contraire, l'opposition de gauche trouve dans la montée de ces difficultés l'occasion de se regrouper. Le Parti socialiste, rénové au congrès d'Epinay (juin 1971) par François Mitterrand, le Parti communiste et les Radicaux de gauche forment, avant les élections législatives de 1973, l'Union de la gauche et adoptent un Programme commun de gouvernement. Malgré de sourdes tensions, des ruptures passagères puis l'abandon du Programme commun en 1978, cette union se reforme pour l'élection présidentielle d'avril-mai 1981. François Mitterrand est élu contre le président sortant Valéry Giscard d'Estaing.

Pour la première fois sous la Ve République, la gauche accède au pouvoir. Cette alternance montre la stabilité des institutions. Celle-ci est confirmée entre 1986 et 1988 lors de la cohabitation entre un Premier ministre de droite, Jacques Chirac, et un Président de la République de gauche et lorsque François Mitterrand, réélu en 1988, nomme, après les élections législatives de mars 1993, Edouard Balladur (RPR) comme Premier ministre.

1981-1995 : Le temps des alternances

 

 

e gouvernement de Pierre Mauroy (juin 1981) comprend quatre ministres communistes. Il s'attache à promouvoir une politique de réformes : réduction du temps de travail à trente-neuf heures hebdomadaires, cinquième semaine de congés payés, recrutement de fonctionnaires, décentralisation, nationalisation de groupes bancaires et industriels, impôt sur la fortune, abolition de la peine de mort, fin du monopole d'État sur la radio puis sur la télévision, retraite à soixante ans...

 

Mais la persistance de l'inflation et une crise monétaire qui aboutit à trois dévaluations conduisent les socialistes à tenir compte davantage des impératifs d'une économie de marché, que l'engagement européen du gouvernement rend inéluctables. C'est le sens du tournant de la rigueur inspiré par le ministre des Finances, Jacques Delors. Il prône un contrôle plus strict des déficits publics et met fin à l'indexation des salaires sur les prix. Le débat sur la place de l'enseignement privé contraint le gouvernement de Pierre Mauroy à reculer. La nomination de Laurent Fabius comme Premier ministre en juillet 1984 et le départ des ministres communistes du gouvernement consacrent la prépondérance au sein de la gauche d'un courant réaliste, de plus en plus ouvertement social-démocrate.

Entre 1986 et 1988, le gouvernement libéral de Jacques Chirac, quant à lui, privatise une partie du secteur public (la première chaîne de télévision par exemple) et déréglemente la vie économique. Le gouvernement socialiste de Michel Rocard lui succède après la réélection de François Mitterrand et la dissolution de l'Assemblée nationale, suivie d'élections législatives qui ne donnent au Parti socialiste qu'une majorité relative. Il ne revient pas sur les privatisations. Cependant, le chômage persiste. Les gouvernements de gauche comme de droite tentent d'y appliquer un traitement social en créant des stages de formation, des travaux d'utilité collective pris en charge en partie par l'État puis, après 1988, un Revenu minimum d'insertion (RMI) versé par l'État aux personnes de plus de vingt-cinq ans ne bénéficiant pas d'un niveau minimum de ressources. Cette situation aboutit à un certain désenchantement de l'électorat.

Aux élections législatives de mars 1993, les socialistes subissent une lourde défaite. Les formations de droite dominent l'Assemblée nationale, dont Philippe Séguin (RPR) assure la présidence, tandis qu'Edouard Balladur devient Premier ministre. Son gouvernement rencontre quelques succès sur le plan économique mais il est rapidement mis à l'épreuve par les affaires politico-financières, par l'agitation universitaire, et par l'impuissance à faire baisser le chômage de façon significative. La campagne pour l'élection présidentielle d'avril-mai 1995 - à laquelle François Mitterand, le président sortant, ne se représente pas - est dominée par l'affrontement entre deux candidats, Jacques Chirac et Edouard Balladur, issus d'une même formation politique, le RPR. C'est finalement le premier qui, au second tour, affronte le candidat de la gauche, le socialiste Lionel Jospin arrivé en tête au premier tour. Jacques Chirac est élu et devient le cinquième président de la Ve République. Conservant le Parlement élu en 1993, il nomme Alain Juppé Premier ministre. Désirant conforter sa majorité à la veille d'échéances européennes importantes, Jacques Chirac finit par dissoudre l'Assemblée nationale en avril 1997. Contrairement à ses attentes, une majorité de gauche emporte les élections législatives. Lionel Jospin devient Premier ministre (juin 1997)

 

Tout en soutenant devant le Bundestag en janvier 1983 le déploiement en Europe de missiles américains Pershing II auquel s'opposait alors un mouvement pacifiste puissant en Allemagne, le Président Mitterrand n'hésite pas à s'écarter parfois de son allié américain dans un certain nombre de domaines : l'aide au développement défendue par le discours de Cancún au Mexique en 1981, une position favorable à l'annulation de la dette des pays les moins avancés, la politique suivie au Proche-Orient (défense du droit des Palestiniens à disposer d'un État) ou les négociations sur le commerce international (cycle de l'Uruguay du GATT). La France ne renonce pas à sa voie propre, tout en se joignant aux opérations militaires autorisées par les Nations unies lors de l'invasion du Koweït par l'Iraq (1990) et lors des interventions à vocation essentiellement humanitaire en Somalie et dans l'ex-Yougoslavie.

 

L'option européenne a fait l'objet d'une grande continuité d'orientation et d'action portant sur le Système monétaire européen, le Marché unique entré en vigueur le 1er janvier 1993, la coopération politique et diplomatique et la décision de faire élire le Parlement européen au suffrage universel. Cet effort a abouti à la signature du traité sur l'Union européenne, à Maastricht (Pays-Bas), le 7 février 1992, qui prévoit notamment de créer une monnaie unique et permet d'étendre le champ de la coopération aux domaines social, culturel, à la politique étrangère et à la sécurité (cf chapitre 7).

Le vif débat provoqué en France par ce traité et le résultat serré du référendum du 20 septembre 1992 qui a autorisé sa ratification par 51,04 % contre 48,95 %, ont révélé les interrogations de la population quant aux moyens choisis pour conduire la politique européenne, perçue souvent comme technocratique et lointaine. En particulier, la fronde des agriculteurs s'est manifestée face à la nouvelle Politique agricole commune (PAC), fixant des quotas de production, réglementant la jachère et les compléments de revenus, et abandonnant les subventions. Elle a montré que les mentalités ne se trouvaient pas toujours en phase avec les projets politiques.

En dépit de ces débats internes, témoignages d'une vie politique traditionnellement animée, les Français restent dans leur ensemble fortement attachés au rôle particulier de leur pays dans la construction harmonieuse du continent européen ; ils sont convaincus de l'importance pour leur nation de contribuer à la recherche de solutions pacifiques aux troubles survenant dans le monde.